vendredi, 05 octobre 2007
Ma grand-mère raconte...

Tu sais, à l'époque, on n'avait pas de photos. On n'en faisait pas tant, comme maintenant avec tous ces nouveaux appareils. On prenait une photo du bébé à la naissance, tout nu sur une fourrure. Après, c'était directement la communion, les dix-huit ans, le mariage et ainsi de suite. Juste les grandes étapes d'une vie. D'ailleurs, je n'ai presque pas de photos de moi jeune fille. Remarque, tant mieux parce qu'il y a une époque j'étais toute boulotte.
Je me souviens, pendant la guerre, c'est pour ça que ma mère m'avait fabriqué une grande cape dans une ancienne couverture de soldat. Elle avait trouvé une couverture en laine kakie, elle l'a teinte en brun - parce que le kaki, tu sais, pour que ça prenne, il faut une couleur foncée. J'aimais pas le marron mais tant pis, j'avais chaud. Elle l'a découpé et j'avais une grande cape, avec un col et un gros bouton en haut. Elle m'avait cousue des poches à l'intérieur pour que je puisse y mettre plein de choses. Je me suis promenée avec cette cape pendant toute la guerre. C'était bien, j'avais chaud et je pouvais mettre autant de couches que je voulais dessous.
Oh, et puis une fois, elle m'avais acheté des chaussures. Qu'est ce qu'elles étaient belles ! Elles avaient des semelles en bois, mais du bois articulé, de fines lamelles qui ondulaient quand tu marchais. A l'intérieur, c'était de la peau de lapin, toute douce et toute chaude. Dessus elles étaient recouvertes de tissu avec des flots. Elles étaient magnifiques et mon Dieu elles ont dues coûter un bras à ma mère, en période de guerre, sans tickets ni carte de rationnement ! J'étais tellement heureuse d'avoir quelque chose de portable en cette période où tout était laid. Mais à la première pluie, l'eau s'est infiltrée entre les lamelles de bois, la peau de lapin s'est détrempée, elle est restée collée à mes pieds et mes jolies chaussures étaient fichues.
Ma mère se débrouillait toujours pour nous faire quelque chose d'assez bon à manger, avec ce qu'elle trouvait, un morceau de ci, un morceau de ça. Mais un jour, elle s'était donné du mal la pauvre, elle avait fait cuire du blé d'orge, après elle l'avait mouliné dans la machine à café et je ne sais quoi encore. Résultat , c'était immangeable, et même Papa, qui pourtant ne disait jamais rien et mangeait tout en silence, a dit "Tu sais, ce n'est vraiment pas bon". Mais on a mangé, on n'avait rien d'autre, il fallait bien.
08:00 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note