mercredi, 02 avril 2008

Libre-propos

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Sujet: "NOIR ET BLANC".

 

Un matin de juillet, Seann et Rubi organisent une course de pigeons. Chacun parie deux dollars que son pigeon va gagner. Nathan et Eryn veulent bien se charger d’emporter les volatiles sur le pont de Brooklyn et les lâcher de l’autre côté du fleuve. Il y a eu des vols, récemment, alors les pigeons ont été plongés dans des bacs de peinture, entièrement, sauf la tête. Ainsi, tout le monde sait à qui ils appartiennent. Même les dessous des ailes ont absorbés la couleur. Les uns sont blancs, les autres sont noirs. Les plumes qu’ils perdent font un fabuleux tableau en deux couleurs – noir et blanc, blanc et noir.

Les deux jeunes gens avancent en zigzagant sur leurs bicyclettes. Les cheveux roux d’Eryn coulent derrière elle comme un torrent. Nathan a installé les deux cages en équilibre sur le porte-bagages. Ils pédalent en un tandem insolite.  Dans les rues, les gens murmurent à leur sujet. Les voitures ralentissent et on leur lance des sarcasmes. Leur randonnée tient de la valse. Chaque fois qu’elle le peut, Eryn roule sur les bandes d’ombre de la route, sans que ses pneus débordent. Et Nathan joue à éviter cette ombre-là. Il regarde Eryn lâcher son guidon des deux mains, bras écartés : elle vacille un petit peu mais réussit à maintenir le vélo à l’intérieur des longs rubans sombres.

Quand les gens le regardent, il baisse la tête. Il sait ce qu’ils pensent. Parfois, même ceux de sa race le dévisagent. Il reste loin derrière elle pour faire croire qu’ils ne sont pas ensemble, et il l’ignore même complètement si les gens les observent avec trop d’insistance.

Quand ils arrivent à l’autre bout du pont, Eryn appuie sa bicyclette contre celle de Nathan. Il se détourne quand elle s’appuie sur lui pour essayer de l’embrasser sur la joue, et il marmonne, gêné : « Faut pas faire ça. Ca se fait pas. 

_ Tu veux rire !

_ Mais non, je ne ris pas. Je suis idiot, mais pas à ce point-là.

_ Pourquoi ?

_ Enfin, voyons.

_ Quoi donc ?

_ T’as vu la couleur de ma peau ?

_ Ah » dit-elle.

Pourtant, un jour, il a vu un boxeur bien connu sortir d’un hôtel avec une actrice française. Elle était en jupe courte et hauts talons, elle sentait le parfum, et elle tenait élégamment une cigarette longue et mince du bout des doigts. A la porte de l’hôtel, elle a effleuré des lèvres la joue du boxeur noir. Ils se sont dirigés vers une voiture qui les attendait. Après leur départ, dans la rue, des gamines se sont mises à tenir leur glace à l’eau exactement comme elle tenait sa cigarette, et son parfum est resté accroché dans l’air telle une marque indélébile.

Nathan et Eryn étalent une couverture par terre pour manger leur pique-nique avant de libérer les pigeons : une bouteille de Coca-Cola, une barre de chocolat et du cheddar avec du pain.

Eryn touche le bras de Nathan pour lui montrer les oiseaux dans leur cage – l’un blanc, l’autre noir - et tous deux se mettent à rire.

Au milieu de leur pique-nique, un passant crache au visage de Nathan et crie à Eryn : « Femme à nègres ! »

Elle lui fait un pied de nez, et Nathan s’essuie avec un mouchoir. Du haut du pont, il jette le mouchoir dans l’eau. Ils le regardent tomber en spirale. Nathan ne dit rien ; ils remballent le reste de leur pique-nique, sortent deux pots de peinture noire et blanche, et, un peu plus tard, ils lâchent les pigeons.

Ils retraversent le pont en pédalant à toute allure et en regardant les deux oiseaux rivaliser d’efforts pour arriver premier.

Nathan est loin devant, les cages vides toujours en équilibre sur le porte-bagages. « Attends-moi ! » lui crie Eryn. Les pigeons disparaissent dans le ciel.

A leur retour chez leurs amis, ils trouvent les deux parieurs en fureur. Chacun a dans les mains un pigeon qui vient d’être peint mi-blanc, mi-noir. Ils se disputent pour savoir quel pigeon est à qui et qui doit deux dollars à l’autre. Nathan et Eryn se tordent de rire. Les deux hommes les regardent bizarrement, puis le fou rire les gagne eux aussi.